L’ Axe 1 est intitulé désormais « circulation-transmission », tout en conservant son centrage sur le texte et la langue. Il correspond à deux compétences reconnues du laboratoire :

– d’une part, dans le domaine de l’édition. Aux publications classiques sur papier, s’ajoute désormais l’édition numérique qui, prenant en compte de l’évolution actuelle de l’édition, s’est beaucoup développée au cours du quinquennal précédent. Ce développement a été permis par le recrutement de chercheurs travaillant dans ce domaine, par la mise en place de collaborations avec des linguistes et des informaticiens spécialistes des corpus ainsi qu’avec des institutions (IRHT, ATILF, BnF) travaillant sur la langue et la conservation des textes. Plusieurs projets sont en cours, dont certains prolongent des programmes ANR, et dont d’autres sont créés pour le projet 2014-2018.

– d’autre part dans celui de la traduction, essentielle pour la transmission des textes et des savoirs ; ce dernier point concerne aussi bien les médiévistes que les comparatistes, mais aussi tous les chercheurs qui s’intéressent aux questions des échanges culturels et de réception ; c’est en cela que ces recherches s’intègrent à l’axe « circulation-transmission » dont elles constituent le socle indispensable.

I. Edition et humanités numériques

1. Poursuite du programme ANR « Création d’un mythe médiéval d’Alexandre le Grand dans les littératures européennes (XIe-début du XVIe siècle » dirigé par C. Gaullier Bougassas qui comporte une forte composante éditoriale : éditions et traductions de textes historiques français et européens sur Alexandre de la fin du Moyen Age et du XVIe siècle, pour la collection « Alexander redivivus » chez Brepols créée par le programme ANR : La Bouquechardière de Jean de Courcy, éd. Catherine Gaullier-Bougassas ; Les Faits et conquestes d’Alexandre le Grand de Vasque de Lucène, éd. Catherine Gaullier-Bougassas et Hélène Bellon-Méguelle (Université de Genève).

2. Projet d’édition de mises en prose, qui prolonge un projet international « Refaire Doutrepont » porté actuellement par l’Université de Milan (M. Colombo-Timelli), auquel ont participé plusieurs chercheurs médiévistes de l’unité (S. Baudelle-Michels, M.-M. Castellani, M. Marchal). Ce projet international donne lieu à un accord de recherche en cours de construction entre Lille 3, l’Universita degli studi de Milan (M. Colombo-Timelli), les universités de Liège (N. Henrard) et Rome (S. Cerrito). Il prolonge l’édition en cours d’œuvres relevant de la « Bibliothèque des seigneurs du nord », en l’étendant à d’autres mises en prose du XVe siècle que celles du monde bourguignon ; les éditions seraient proposées à des doctorants en langue et littérature médiévales.

3. Projet d’édition du roman Athis et Prophilias (version longue ; la version courte a été publiée par M.-M. Castellani, chez Champion) ; cette édition, qui porte sur un long roman de plus de 20000 vers avec plusieurs manuscrits de référence, serait assurée par un groupe constitué de S. Baudelle-Michels, M.-M. Castellani et M. Marchal (ULCO) ; des recherches préparatoires (transcriptions d’extraits des différents manuscrits, sondages) sont confiées à des étudiants de master 2.

4. Projet « Humanités numériques » (qui correspond à un des axes de la MESHS), particulièrement porté par A. del Lungo : participation aux éditions numériques de Balzac, mais aussi de Ronsard, Senancour, La Rochefoucauld ; édition de La Chanson du chevalier au cycle et de Godefroi de Bouillon (qui se rattache aussi, dans l’axe 3, à la question des croisades), porté par les médiévistes ; édition des Epithètes de La Porte, premier dictionnaire d’épithètes en langue française (1571), sous format numérique pour les éditions Droz et collaboration avec l’IRHT sur les dictionnaires d’épithètes à la Renaissance (A.-P. Pouey-Mounou).

5. Edition des Œuvres complètes de Robert Brasillach, sous la direction d’Y. Baudelle, Classiques Garnier, « Bibliothèque de littérature du XXe siècle », 2014, 2 vol. de 600 p.

II. Echanges culturels et traduction

Porté aussi bien par les chercheurs d’ACT que par les médiévistes et les comparatistes et plus généralement par tous les enseignants-chercheurs qui s’intéressent à la question de la langue comme facteur d’échange cet axe concerne tous les genres. Il s’agit de s’interroger sur la possibilité même d’une transmission (de la littérature en général, de la poésie) d’un pays et d’une langue à l’autre, mais aussi d’un genre à un autre.

S’y rattachent donc des projets qui concernent l’étude des formes de réception et de transmission dans une approche transséculaire et transgénérique (ils prolongent les réflexions sur les mutations transgénériques présentes dans le quinquennal en cours). Il est à noter que le recrutement récent (2013) de J. Hennebert sur un poste « Transmédialités » permet le renforcement de ce champ de recherches.

1. En lien avec le programme « Alexandre » ci-dessus, outre des traductions prévues pour la collection « Alexander redivivus » chez Brepols, celle du Rrekontamiento del rrey Ališandere par Emilie Picherot et de l’Alexandrie des Chroniques russe par Elena Koroleva (Université Saint-Thikon de Moscou), le projet de C. Gaullier-Bougassas, en collaboration avec E. Picherot et C. Dumas, se poursuit avec l’étude de la a naissance d’un théâtre sur Alexandre en Europe de la fin du XVe siècle au début du XVIIe siècle : de l’histoire à la fiction dialoguée et à la fiction dramatique.

Au XVe siècle, la traduction par Giovanni Aurispa du XIIeDialogue des Morts de Lucien suscite, en Italie, en France et en Espagne, l’écriture en langue vernaculaire de Comparaisons entre Hannibal, Alexandre et Scipion. Toujours au XVe siècle, le débat a été transformé en représentation théâtrale, à la cour d’Anjou et surtout à la cour de Bourgogne par Georges Chastellain dans Les Épitaphes d’Hector en 1454. L’étude comparée de ces premiers textes conduira à l’examen du passage du dialogue à la pièce de théâtre et à celui des premières entrées sur scène d’Alexandre, qui deviennent plus nombreuses à partir de la seconde moitié du XVIe siècle. En effet, le renouvellement des écritures sur Alexandre ne s’opère pas alors seulement par les traductions de textes antiques et les débats savants à leur sujet mais aussi par la production théâtrale, qui se nourrit des récits des historiens et renoue en même temps avec l’invention de fictions sur Alexandre, et qui s’intensifiera à partir du XVIIe siècle.

On voit comment ce projet est relié à la dimension transgénérique (en l’occurrence ici le passage du dialogue philosophique à la représentation théâtrale).

2. Un autre projet porté par E. Kammerer, en prolongement de son ANR EUROLAB et intitulé « Lexicographie et création » s’intéresse aux « Traductions de Rabelais dans l’Allemagne du XVIe siècle ». Ce projet se fait toujours en collaboration avec l’université de Munich. Il rejoint un autre projet, porté par Ch.-O. Stiker Métral, en collaboration avec l’université de Western Ontario, qui questionne la nature du rire et sa possible transmission (le corpus considéré est plutôt celui de l’âge classique) : est-il possible de transmettre d’une aire linguistique et culturelle à une autre ce qui provoque le rire ?

3. « Relations culturelles franco-autrichiennes du XVIIIe siècle à 1938 » (projet 2010-2016, porté par Karl Zieger, Lille 3 ALITHILA,en collaboration avecNorbert Bachleitner, Université de Vienne, Sigurd P. Scheichl, Univ. Innsbruck ; Jacques Le Rider, EPHE, Martine Sforzin, Univ. de Valenciennes)

A terme, ce projet (actuellement bi-latéral, mais appelé à s’élargir) a pour ambition la publication d’un « dictionnaire » des agents (dans une acception large du mot) des échanges culturels franco-autrichiennes du 18e siècle à 1938 (une Prosopographie des acteurs du transfert [J. Le Rider]). En dehors des entrées du type « dictionnaire » (notices), le volume devrait comprendre plusieurs articles de fond portant sur un certain nombre de problématiques (rôle des agents du transfert : journalistes, traducteur, éditeurs, etc. ; les hommes de théâtre ; les revues, les amitiés littéraires, etc.). Ce projet prolonge un programme déjà engagé, qui a donné lieu à une JE Valenciennes, nov. 2009) et deux colloques (Innsbruck, octobre 2010 et Valenciennes, octobre 2012 [actes publiés]), alors que K. Zieger étant membre du Calhiste de Valenciennes. Il a transporté à ALITHILA son projet qu’il a développé.

La question de la traduction y est centrale aussi bien du point de vue linguistique (ex. « Französisches Wortgut im österr. Deutsch » [Marlene Mussner] ; les aspects linguistiques des échanges) que du point de vue du rôle de la diffusion et de la réception, c’est-à-dire du travail des intermédiaires et de leurs réseaux (p. ex. les activités de traducteurs et/ou publicistes comme Hugo Wittmann, Ernst Ziegler, Berta Zuckerkandl, respectivement Alzir Hella, Maurice Rémon, Suzanne Clauser etc., y compris le travail d’agents littéraires comme p. ex. Stephan Epstein (entre beaucoup d’autres).

4. Parallèlement, la réflexion déjà engagée sur la question de la traduction des formes poétiques (en particulier domaines allemand et japonais, avec J. Wilker, T. Takemoto et A. Boulanger) se poursuit, en collaboration avec des membres de la composante ACT (B.Bohac), récemment recrutés et spécialistes de ce domaine : un séminaire sera proposé sur ce sujet à l’Ecole doctorale pour la formation des étudiants de master et doctorat à cette question de la transmission et de la transposition.

5. Relevant à la fois de l’édition de textes et des questions de transposition générique, en prolongement des travaux de F. Greiner et C. Douzou (JE « Du roman à la scène » (Lille 3, mai 2010) : adaptation théâtrale du roman, théâtre et romanesque dans la littérature française du XVIe au XXe siècle »), un
Colloque international « Romans en scène (2) : XIXe-XXIe siècles » est prévu en mai 2014 à Tours, en collaboration avec le laboratoire ICD (Interactions culturelles et discursives) de l’Université de Tours ; il sera publié dans la Revue des Sciences humaines.F. Greiner prévoir deux autres JE sur le roman du XVIIe siècle à la suite de celle de juin 2013 « Le roman au temps d’Henri IV »).