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PRAG INSPE Lille-HdF

Docteure en langue et littérature françaises, qualifiée aux fonctions de maître de conférences, 2017-2020, CNU 9e section.

DOMAINES DE RECHERCHE : Littérature française xxe-xxie siècles – Littérature des Trente Glorieuses – Politique-fiction –Littérature et engagement – Tension narrative – Romanesque – Robert Merle – Littérature Middlebrow.

Contact : annesw@wanadoo.fr

Présentation analytique des travaux et publications

Livres et direction d’ouvrages

1. Livres

Robert Merle. Écrivain singulier du propre de l’homme, Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Littérature », janvier 2018, 392 p. http://www.septentrion.com/fr/livre/?GCOI=27574100807020

Robert Merle est au purgatoire des belles lettres françaises. Quelque chose dans sa trajectoire, qui va du prix Goncourt avec son tout premier roman, Week-end à Zuydcoote, aux treize tomes d’une saga historique, Fortune de France, a semble-t-il sonné le glas de sa consécration. Et ce quelque chose tient sans doute à la singularité d’un écrivain franc-tireur, allergique à toute mode, à toute école, à tout parti et qui porta un demi-siècle durant son rêve d’un « roman romanesque » qui allie le populaire à la qualité, un roman démocratique, un roman des Trente Glorieuses qui réhabilite la lecture. Ce sont des voies singulières que Merle explore, des voies qui l’entraînent vers les champs en jachère de l’expérimentation, du « mauvais genre », de la politique-fiction et du roman populaire. L’écrivain démocrate choisit, contre une littérature « mandarinale », contre tout formalisme et esthétisme, une littérature accessible, un roman romanesque, un roman à histoire où règne, en maître, la tension narrative. Et ce, au risque de la déconsécration, au risque du middlebrow. Son œuvre pourtant est une œuvre essentielle car Merle est un écrivain de l’événement et du pire. Ce pire qui fit qu’une génération entière fut happée par l’Histoire et n’en sortit pas indemne. Unde malum faciamus ? Cette question qui, en filigrane, traverse tous ses écrits de 1949 à 2003, n’a cessé de tarauder Merle. Toujours il s’est agi, pour cet écrivain-militant, de poursuivre le combat, envers et contre l’amnésie, les œillères, les mensonges, et de le poursuivre pour les générations à venir.

Comptes rendu :

  • Maxime Decout, « Anne Wattel : Robert Merle. Écrivain singulier du propre de l’homme», Europe, n1073-1074, septembre-octobre 2018, p. 381-382.
  • Aurélien d’Avout, « Une redécouverte critique : Robert Merle », Acta fabula, vol. 20, n° 2, Notes de lecture, Février 2019, URL : http://www.fabula.org/revue/document12029.php

2. Direction d’ouvrages

Yves Baudelle et Anne Wattel (dir.), Roman 20-50, « Robert Merle », n65, juin 2018.

L’ouvrage est centré sur trois romans, L’Île (1962), Malevil (1972) et Les Hommes protégés (1974), qui ont en commun d’être des fictions anthropologiques : que se passe-t-il dans les sociétés humaines quand on se trouve jeté sur une île inaccessible (L’Île reprend l’histoire des révoltés du Bounty), quand une explosion nucléaire a dépeuplé la planète (Malevil, porté à l’écran en 1981 par Christian de Chalonge) ou quand une épidémie d’encéphalite qui ne touche que les hommes conduit les femmes à prendre en main l’avenir de l’humanité (Les Hommes protégés) ? Un demi-siècle après leur parution, ces romans exigeaient d’être relus par les meilleurs spécialistes parce qu’ils résonnent aujourd’hui d’une singulière actualité, posant les questions les plus aiguës de notre présent : la crise écologique, celle des réfugiés et les suites de l’affaire Weinstein.

Avec les contributions de Yves Baudelle, Patrick Bergeron, Marion Caudebec, Christian de Chalonge, Jean-Michel Devésa, Jean-Paul Engélibert, Irène Langlet, Olivier Merle, Pierre Merle, Anne Wattel.

 

Articles publiés dans des ouvrages collectifs

  1. « Des animaux doués de raison ? Du vrai et de l’imaginé dans le roman de Robert Merle », [Dans :] Histoires naturelles des animaux xxe-xxiesiècles, Alain Romestaing et Alain Schaffner (éds), Paris : Presses Sorbonne nouvelle, déc. 2016, p. 243-252.

Partant d’une documentation scrupuleuse, Merle bâtit, avec Un animal doué de raison, un roman qui n’invente pas la vie et qui, par bien des aspects, est scientifique se faisant l’écho de l’état de la recherche de la fin des années 60 en matière de cétologie. Usant des traditionnels stratagèmes du romancier, il imbrique contenu scientifique et trame narrative et le dire vrai devient faire vrai. Mais Merle n’est pas zoologue, il ne renie pas la subjectivité, l’anthropomorphisme, car il entend bien scruter ici deux espèces, qu’il assimile dans son roman laboratoire. Ce faisant, il laisse à son imagination la liberté de « projeter l’avenir dans le présent », il s’autorise à la spéculation, explore ce qu’il adviendra si… Et l’anticipation devient prédiction.

  1. « La souffrance de l’animal dénaturé chez Robert Merle », [Dans :] Desblache Lucile (dir.), Souffrances animales et traditions humaines : rompre le silence, Dijon : éditions universitaires de Dijon, 2014, p. 187-197.

Cet article se concentre sur les deux romans animaliers de Merle, Un animal doué de raisonet Le Propre de l’homme. Il s’attache à montrer que, dans la lignée de Vercors et de ses Animaux dénaturés, Merle fait du roman « une originale et troublante tentative pour arriver à une définition de l’homme », un homme prométhéen qui n’a de cesse d’affirmer en actes et en paroles sa suprématie sur l’animal.

Articles publiés dans des revues à comité de lecture

3. « Jean Rolin, à la croisée des voies (et des voix) ouvrières », à paraître dans Études Littéraires, Vol. 50, 2020.

Dans L’Organisation, Traverseset Terminal frigo, Jean Rolin déambule en terres ouvrières, ou ce qu’il en reste ; il mène un « voyage à rebours » qui le ramène, des années après son expérience maoïste d’établi, auprès de « la classe ». La trajectoire de l’auteur-narrateur, entre routes et déroute, et celle de la classe ouvrière s’imbriquent étroitement : d’emblée, dès les années 70, l’expérience ouvrière de Rolin est étroitement associée à l’expérience viatique. Mais d’où l’intellectuel, l’ancien mao peut-il écrire « la classe » ? Peinant à trouver une posture adéquate, Rolin devient un imposteur, déterritorialisé, cultivant sa propre marginalité, et relatant, de surplomb puis de traverse, un monde qui lui échappe. Il s’agit de trouver sa voie et d’ouvrir l’espace de ses pages aux voix ouvrières hétérogènes, à l’altérité.

4. « Albertine Sarrazin : l’ôteure de verrous », Cahiers d’Histoire des Littératures Romanes, 43eannée, 1/2, Universitätsverlag Winter, Heidelberg, 2019.

S’il est une « écrivaine-délinquante », qui œuvra pour une reconnaissance d’ordre littéraire, c’est bien Albertine Sarrazin, l’enfermée, l’emmurée, l’interdite de séjour qui passa près d’un quart de sa vie en prison. Abandonnée à la naissance, adoptée, placée, incarcérée à plusieurs reprises, elle est la déviante, la « difficile à mener », incapable de se plier à la moindre discipline et qu’il faut rendre docile, faire rentrer dans le rang, par la clôture, par la privation de liberté. Son œuvre – romans, lettres, journal – est nourrie de l’expérience carcérale : c’est une œuvre du verrou, qui dit les murs, le « barreauté », qui met en scène l’espace clos et le rêve de cavale. Si le motif carcéral envahit l’œuvre, ce n’est pas tant, pas seulement, parce qu’Albertine témoigne de son vécu de femme enfermée, mais parce que tout l’univers, extérieur y compris, est prison et qu’elle n’aura de cesse de « ne pas trop approcher des clôtures », de fuir « les barbelés de l’ennui ». Anonyme, mal-nommée, Albertine, dont l’identité est pour le moins mouvante, va se faire un nom, un nom propre, devenir « Sarrazine » et Bic et émerger à la lumière, réalisant alors la conjonction entre la marginale, la femme et l’écrivaine.

5. « Quand Elsa Triolet se tait à l’aube : une mise en mort sous le signe de Philomèle »,Fabula-LhT, n° 22, « La Mort de l’auteur », juin 2019, URL : http://www.fabula.org/lht/22/wattel.html

Elsa Triolet, avec Le Rossignol se tait à l’aube, publié quelques mois avant son décès, entend écrire une dernière fois, pour faire silence, pour mettre un point final à la mise en mots. Mais pour ce faire, pour dire la voix qui s’amenuise jusqu’à s’éteindre, pour opérer une véritable mise en mort, il faut trouver un dire, un écrire autres, trouver le juste milieu entre la voix et le silence, trouver à dire comment se taire, à formuler ce qui échappe aux mots : la mort de l’auteure, la fin de voix, fin de vie. L’œuvre entière est placée sous le signe de Philomèle, la Philomèle mythique à la langue mutilée et qui relate la violence qu’elle eut à subir par le détour d’un langage autre, celui de la tapisserie. Elsa Triolet parachève sa métamorphose en Philomèle-rossignol et, (en)chanteuse de la nuit, clame la suprématie de la musique, s’adonne à un chant de vie qui est aussi un chant de deuil.

6. « Notes sur la proposition de Gaspar Turin »,Fabula-LhT, n° 22, « La Mort de l’auteur », juin 2019, http://www.fabula.org/lht/22/wattelnote.html

Notes sur le texte proposé par Gaspard Turin, « Quand la mort s’écrit. Fiction, performance et performativité du suicide chez Bernard Lamarche-Vadel et Édouard Levé » (autour de Suicide de Edouard Levé et de Sa vie, son œuvre de Bernard Lamarche-Vadel).

7. « Nomen est omen : facéties onomastiques chez Robert Merle », [Dans :] Roman 20-50, n65, juin 2018.

L’onomastique merlienne est inventive, souvent facétieuse et révèle le goût prononcé du linguiste pour les mots, du littéraire pour les clins d’œil intertextuels. Mais elle rappelle aussi que l’onomaturge est un démiurge qui donne vie à de fictifs avatars : analphabètes en politique ou machiavels, pacifistes ou armés, les alter-ego de Merle évoluent suivant une trajectoire inscrite dans leur nom même, une trajectoire qui s’apparente en bien des points à celle de l’auteur.

8. « Robert Merle, du succès à la pérennité de l’œuvre », entretien avec Olivier Merle, [Dans :] Roman 20-50, n65, juin 2018.

9. En collaboration avec Yves Baudelle, Entretien avec Christian de Chalonge, réalisateur du film Malevil (1981),[Dans :] Roman 20-50, n65, juin 2018.

10. « L’étalon, le hongre et la braguette à l’allemande. La trajectoire de l’ex-premier sexe dans Les Hommes protégés»,[Dans :] Roman 20-50, n65, juin 2018.

11. « La mort est mon métier de Robert Merle : l’œuvre à contre-courant », Tsafon – Revue d’études juives du Nord, no 72, automne 2016 – hiver 2017.

Cet article vise à expliciter en quoi Merle, l’intempestif, écrivit avec La mort est mon métier, un roman « à contre-courant ». L’œuvre est décalée et ce à plus d’un titre : temporellement, face à une doxa dominante, et par le choix de donner voix au bourreau. Publiée en 1952, en pleine ère de l’amnésie, l’œuvre, qui entend témoigner d’un passé que l’on veut mettre entre parenthèses, est politiquement incorrecte. Elle se heurte par ailleurs à des « interdits » majeurs : l’interdit de la poésie après Auschwitz ; le rejet d’une fictionnalisation des camps ; le refus de tout discours qui n’émanerait pas d’un témoin survivant. Elle relève également d’une logique de scandale en offrant une voix au bourreau : inédit, inouï.

12. « Robert Merle théoricien et praticien de la politique-fiction », ReS Futurae[En ligne], 7 | 2016, mis en ligne le 30 juin 2016, URL : http://resf.revues.org/795

Dans les années soixante-dix, et en pleine guerre froide, se développe dans les pays anglo-saxons, un genre méconnu et souvent qualifié d’« hybride », la politique-fiction. Robert Merle sera le premier français à se faire critique, théoricien – et praticien – de ce genre. Dans un numéro spécial du Monde, daté d’octobre 1967, et alors même qu’il vient d’achever son roman Un Animal doué de raison, il présente les règles d’or de la politique-fiction : une anticipation de faible amplitude permettant d’instaurer une ou des variables minimes par rapport au présent de l’écriture ; une visée critique qui en fait un genre sérieux, révélateur de l’angoisse planétaire qui étreint l’homme de cette seconde moitié du xxesiècle.

13. « Un havre au cœur de la débâcle. Zoom sur la roulotte dans Week-end à Zuydcootede Robert Merle », [Dans :] Fictions de guerre, textes réunis par Marie Hartmann, revue Elseneur, no29/2014, Presses Universitaires de Caen, 2014, p. 85-98.

Dans Week-end à Zuydcoote, qui relate la débâcle de 40, Merle rend compte du décousu de l’instant, de son incohérence, de son absurdité pour le soldat désœuvré, le soldat en déroute dans un espace clos dénué de sens, qui tient du piège, de l’étau qui se referme. Ce décousu de la débâcle, c’est par le zoom, c’est par la bribe, c’est par l’épars que Merle va le dire. Dans ce huis clos quasi théâtral au sein duquel toute déambulation s’avère n’être qu’un continuel aller-retour, un sur-place, il est un lieu central vers lequel systématiquement on converge, sur lequel on zoome, c’est une ambulance anglaise, la roulotte d’Alexandre, la popote à l’espace ordonné et rassurant.

14. « Le charisme messianique d’Emmanuel dans Malevil, de Robert Merle »,Voix Plurielles, Vol. 10, no2, 2013, [en ligne], dernière consultation le 5 février 2018, URL : http://brock.scholarsportal.info/journals/voixplurielles/article/view/864

Dans son roman d’anticipation post-apocalyptique, Malevil, Merle fait émerger une microsociété, une tribu de survivants dans un monde dévasté. Après l’événement, il faut qu’advienne une figure charismatique qui prenne en charge la refondation, la re-naissance et qui ouvre un avenir sur les cendres. Porté par sa foi en l’homme, son optimisme volontariste, Emmanuel est celui qui, par-delà la brèche, le fossé ouvert par l’événement, permet d’inaugurer une ère nouvelle. Mais le messie, très politique, manœuvre également sa communauté avec habileté et cynisme.

15. « Quand ouvrir sur la fin, c’est commencer par clore… Malevil, de Robert Merle», [Dans :] Fins du monde, Cahiers ERTA, no 4, Université de Gdańsk, Gdańsk : 2013, p. 95-107, [en ligne], dernière consultation le 15 février 2018,URL : http://cwf.ug.edu.pl/ojs/index.php/CE/issue/viewIssue/39/101

Cet article vise à montrer que dans le roman post-apocalyptique Malevil, l’événement est cantonné au seuil et le récit se fait post-événementiel : ce sont les suites qui intéressent Merle, la reconstruction, ou plutôt la construction, autre. Comment débuter une œuvre qui a pour objet la fin des temps, ou tout au moins d’un temps ? Quel début pour une fin ? Malevils’ouvre sur une clôture, et les symptômes d’une brisure – avec laquelle il faudra apprendre à vivre pour « remettre de l’ordre dans le chaos » –envahissent les premiers chapitres de l’œuvre : symptôme linguistique – car l’événement ne se laisse pas dire ou se dit en creux ; symptôme temporel – car la linéarité a été rompue ; et symptôme générique, par le truchement d’un journal-témoignage qui tente d’assurer le liant entre l’hier, l’aujourd’hui et le demain, et de combler la brèche ouverte, mais qui défaille parfois et est sujet à caution.

Compte rendu

« Pouvoirs de l’imposture : un Decout double », La Nouvelle Quinzaine littéraire, no1203, 1ernovembre 2018. À propos de Pouvoirs de l’imposture, Maxime Decout, Éditions de Minuit, 2018.

Communications dans des colloques internationaux avec ou sans actes

1. « Du Rêve est vrai à Derrière la vitre : Robert Merle et l’impossible roman de 68 », colloque international « Ce que Mai 68 a fait à la littérature », 28-29 mai 2018, Université de Lorraine, organisé par Nelly Wolf et Matthieu Rémy.

Derrière la vitre de Robert Merle est un roman palimpseste dont la genèse est étroitement liée à « l’irruption de Nanterre au sommet ». Le projet date de novembre 67 : Merle, déplorant que « l’université, en France, [ait] très peu retenu, jusqu’à ce jour, l’attention des romanciers », entend décrire la vie quotidienne des étudiants de Nanterre, s’adonner à une forme de Campus novel, peindre « un tout petit monde », « un phénomène étrange, le Nanterrisme », une classe d’âge, ses aspirations, ses angoisses, sa sexualité… Pourtant, 68 et ses suites ont visiblement entamé l’espoir, le « rêve est vrai » de Merle : le titre est modifié en 1970 pour dire, partiellement, l’obstacle, la vitre. Le roman n’est donc pas tant percuté par l’événement que par l’échec de l’événement car, comme le dit Merle : « Mai 68 sur le moment, m’a tout à fait passionné, c’est plus tard que je me suis senti à son sujet moins heureux ». C’est alors à contre-courant que Merle choisit de traiter 68, « ce thème explosif », et en osant toucher à la hache.

2. « Webster et Robert Merle. Du Démon blanc à Flamineo : revisiter le théâtre de l’effroi », Congrès 2017 de la Société Française Shakespeare – « Shakespeare et la peur » – du 12 au 14 janvier 2017. Actes des congrès de la Société française Shakespeare,[en ligne], 36 | 2018, dernière consultation le 6 mars 2018, URL : http://journals.openedition.org/shakespeare/4097

Cette communication aborde le théâtre de Merle et sa réécriture du White Devilde Webster. Qu’est-ce donc qui pousse le romancier du xxeà réécrire cette tragédie du sang toute baroque ? Qu’est-ce donc que Merle va chercher – et trouver – dans cette pièce macabre et morbide ? En quoi son Flamineo, au « fumet » élisabéthain, devient-il une pièce représentative du xxesiècle ? La communication se proposait de répondre à ces questions en deux temps : d’une part en montrant que l’univers de Webster propose une peinture effroyable et inégalée du mal qui n’est pas sans faire écho aux contemporains du nazisme ; d’autre part que, sous la plume de Merle, par la réécriture de Webster, Flamineo, ce « Hamlet noir », devient un personnage représentatif du xxe, et c’est du détour par ce monstre-là, qu’a pu émerger Rudolf Hœss, le bourreau d’Auschwitz, « terriblement et effroyablement normal », de La mort est mon métier.

3. « Déliance et reliance, derrière la vitre de Robert Merle », [Dans :] La France des Solidarités,(mai 1968 – mai 1981), Nelly Wolf et Djemaa Maazouzi (dir.), avec la collaboration de Dominique Viart, Revue des Sciences Humaines, no320, Lille : Presses Universitaires du Septentrion, 4/2015, p. 69-80. Actes du 7ecolloque de l’edits, Université Charles-de-Gaulle Lille 3, 13-15 mai 2014.

Cet article étudie le Nanterre de Robert Merle et les « enragés » de mars 1968. Par le seul prisme de Nanterre, un Nanterre carcéral, un Nanterre de la déliance à l’image de société gaullienne, Merle met en scène une « civilisation du verrou », une civilisation vitrifiée, pour reprendre le motif éponyme de la vitre qui dit à la fois la transparence et l’obstacle, la déliance et l’aspiration à une reliance à l’autre, au monde, une reliance qui suppose de briser la glace.

4. « Destination Madrapour : l’en-quête de sens. Le sol, l’insolite et le Sol», colloque international du cerli, « Mobilités dans les récits et les arts visuels du fantastique et de la science-fiction. xixe-xxiesiècles : quête et enquête(s) », 20-22 novembre 2014, organisé par Patricia Crouan-Veron et Arnaud Huftier, IUT Sénart Fontainebleau.

La communication m’a permis d’aborder la fable métaphysique qu’est Madrapour. Ce récit eschatologique relate, dans l’espace claustrophobique d’un avion, l’ultime voyage de l’Homo viator.Ce qui importe ici ce n’est pas le lieu à atteindre ; ce qui importe, c’est le trajet, la trajectoire, le sens du cheminement. Non pas la quête mais l’enquête de sens, non pas le terme, indéniable, mais les modalités de l’accès à l’exit. Et quand le sens échappe, l’on s’accroche à la destination, au terme du voyage. Or, de tour en détour, ce Madrapour de nulle part, véritable paradis qui cristallise les désirs de chacun, échappe, se dérobe. Car le paradis n’est qu’une mystification.

Journées d’études

  1. « Le Romanesque dans Écrire la vie d’Annie Ernaux », journée d’études organisée par Florence de Chalonge et François Dussart, Université de Lille, 29 novembre 2019. Dans ce cadre, présentation d’une communication intitulée : « La rencontre sur une table de dissection d’Anna Karénine et d’un slip russe : surimpression et punctum romanesques dans Passion simple et Se perdre».

Sous le signe du Barthes des Fragments d’un discours amoureux, cette communication visait à analyser dans l’écriture de la passion la conjonction de deux modalités en apparence contradictoires : le romanesque et le sociologique ; le procès-verbal et le mièvre ; le cru et le sentimental ; le pornographique et Nous Deux ; le trop et le trop peu. Confrontée à un dilemme (plaisir sociologique de désillusionner et enchantement de l’amour), Annie Ernaux ne tranche pas : par surimpression, elle superpose deux motifs qui s’entrechoquent mais coexistent, elle télescope des plans en apparence irréconciliables et fait éclore un réel invisible à l’œil nu qui se niche dans le détail, déclencheur de fiction. Mais on n’atteint pas la vérité d’une passion : l’écriture « sera toujours en-dessous ».

  1. « La Mort de l’auteur », journée d’études organisée par Jean-Louis Jeannelle et Romain Bionda, Fabula-LhT, Rouen, 4 février 2019.

Il s’agissait, en préparation de la publication du no 22 de Fabula-LhT,d’une journée de discussion autour des dix textes retenus par le comité de la revue. Ce Workshop, qui prit la forme de lectures croisées et d’échanges collectifs, me permit de présenter et de discuter le texte proposé par Gaspard Turin, « Quand la mort s’écrit. Fiction, performance et performativité du suicide chez Bernard Lamarche-Vadel et Édouard Levé » (autour de Suicide de Levé et de Sa vie, son œuvre de Lamarche-Vadel).

De la même manière, mon article, « Quand Elsa Triolet se tait à l’aube : une mise en mort sous le signe de Philomèle », a été commenté par Hélisenne Lestringant.

Invitation à des séminaires

5 février 2015, ensde Lyon : Séminaire Genre et Société du larhra – Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes– animé par l’historienne Michelle Zancarini-Fournel : « La misandrie dans le mouvement féministe entre histoire et littérature ». Mon intervention portait sur Les Hommes protégés de Robert Merle et le SCUM Manifesto de Valerie Solanas.

Merle, inspiré par le féminisme radical de son temps, explore dans Les Hommes protégés le passage du féminisme radical, misandre, qui vise à détruire l’ex premier sexe, au féminisme libéral qui entend le rééduquer. L’œuvre propose donc un parcours du patriarcat au matriarcat libéral, en passant par le matriarcat haineux.A l’orée de l’œuvre, un événement qui met à terre l’univers androcentré et entraîne une rupture politique, culturelle et sociale. La communication a permis de montrer que l’œuvre est alimentée par l’intertexte, la référence au SCUM Manifesto de Solanas que Merle fictionnalise, prend au pied de la lettre, en mettant en scène ces nouveaux êtres féminins que sont les SCUM, porteuses d’un programme féministe exterminationniste et mues par la haine de l’homme, la misandrie. La distance critique, l’ironie mordante de Merle, l’outrance peuvent alors aisément permettre de lire l’œuvre comme un brûlot antiféministe pourtant, malgré ses relents phallocratiques, le roman, déplaçant le curseur du patriarcat vers le matriarcat, dénonce clairement et sans ambages la misogynie et, proposant par le truchement de la fiction un lieu autre, un autre rapport entre les sexes, se fait l’écho des manques de l’ici et maintenant.